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Assurance connectée : quel futur pour les offres de santé ?

26/07/2018 Expertise

Qui dit connectivité dit données. Si l’exploitation des informations de santé par des entreprises privées est impossible en France, les assureurs imaginent néanmoins de nouveaux services, faisant la part belle au conseil.

Avec l’essor des objets connectés (téléphones, montres, bracelets, voitures, enceintes…), nous produisons de plus en plus de données. Une manne d’informations qui intéresse notamment les assureurs. Prenons le cas d’une automobile connectée dont les données de conduite sont collectées via un boitier numérique : accélérations, freinages, virages, nombre de kilomètres parcourus… Certains assureurs proposent dès à présent des contrats qui intègrent l’analyse de ces données pour accorder ou non des « bons points » à l’assuré, et calculer en conséquence sa prime d’assurance auto. Ces offres favorisent bien sûr la prévention routière.

Des données bien protégées

Verra-t-on aussi un jour de telles assurances santés, avec des bracelets connectés qui enverraient aux assureurs et aux mutuelles nos données de santé en temps réel ? Pour l’heure, la réponse est non. L’Assurance maladie reste l’unique détenteur de ces données avec les médecins. Les organismes d’assurance complémentaire n’y ont pas accès. Le règlement général pour la protection des données (RGPD) renforce, qui plus est, la protection des citoyens, et le droit à l’oubli interdit toute exploitation des données de santé dans une blockchain, où aucune information ne peut être effacée. Par ailleurs, selon une récente enquête Harris Interactive, 64 % des Français s’inquiètent d’un tel usage.

Le système français de protection sociale ne permet donc pas d’envisager, pour le moment, des garanties et tarifs selon la consommation médicale et les comportements préventifs ou à risques de chacun. Les valeurs d’entraide et de solidarité des mutuelles s’opposent également à toute forme d’individualisation des contrats. Est-il besoin de rappeler que la prévention ne supprime pas l’aléa ? Personne n’est à l’abri d’un accident ou d’une maladie grave, dont la couverture exige la mutualisation des risques.

Vers de nouveaux services

Du coup, comment les mutuelles peuvent-elles intégrer les atouts des objets connectés dans leurs offres ? En jouant la carte de la prévention. En encourageant, par exemple, leurs assurés à s’équiper en objets connectés favorisant l’auto-suivi (sommeil, rythme cardiaque…) ou en proposant des solutions d’assistance sur différentes thématiques (alimentation, tabac, alcool, troubles liés à l’âge, maladies cardiovasculaires…).

Cette dimension conseils s’inscrit également dans une dynamique de développement de nouveaux services de téléconseils et de consultation à distance (télémédecine). Si l’Ordre des médecins réaffirmait en février 2018 « qu’il ne doit y avoir qu’une seule porte d’entrée dans le système de soins » : sous-entendu celle du cabinet médical, toujours selon Harris Interactive, 78 % des Français sont au contraire favorables au développement de l’e-santé. Un levier qui devait probablement aider les mutuelles à se démarquer dans un contexte de concurrence accrue.

 

Sources

1. Règlement (UE) 2016/679 adopté le 27 avril 2016 pour une entrée en application le 25 mai 2018
2. Étude Harris Interactive pour l’Observatoire Cetelem, réalisée du 5 et 7 septembre 2017 sur un échantillon de 1 019 Français âgés de plus de 18 ans.